Les Fouilles du KILIANSTOLLEN
Les fouilles du KILIANSTOLLEN

Les fouilles du KILIANSTOLLEN


Photos et textes fournis par l'équipe de Mickaël LANDOLT
du Pôle d'Archéologie Interdépartemental Rhénan (PAIR)

Premiers éléments sur la fouille du Kilianstollen

Michaël LANDOLT, Archéologue territorial responsable de la fouille - Pôle d’Archéologie Interdépartemental Rhénan (PAIR), Sélestat

Le site, localisé sur le tracé de la déviation routière d’Aspach, a été fouillé dans le cadre d’une fouille archéologique préventive qui a pu être menée par le PAIR de novembre à décembre 2011.

Sur le flanc de la colline du « Lerchenberg », le Kilianstollen se situe au niveau de la première ligne de front allemande, fixée à l’ouest d’Altkirch entre 1914 et 1918. Il s'agit d'un abri souterrain de grande capacité (capacité théorique de 500 soldats), construit entre 1915 et 1916, dans lequel les soldats qui occupaient les tranchées de première ligne pouvaient trouver refuge en cas de bombardement. Des recherches au Hauptstaatarchiv à Stuttgart ont permis de retrouver plusieurs documents concernant la construction de la galerie (plan, inventaires, plan de travail) qui complètent les observations de terrain.

La galerie orientée nord/sud, parallèle aux tranchées, mesure environ 125 m de long, 1,10 m de large pour 1,70 m de haut. Elle a été construite en sape horizontale à une profondeur située entre 3,5 et 6 m selon des techniques de travail minier. Le sédiment lœssique a été creusé aux dimensions du boisage formé de cadres jointifs constitués de planches assemblées par tenon-mortaise. De nombreux escaliers assurent la liaison avec l'extérieur : à l’ouest ceux-ci donnent accès aux tranchées de première ligne et à l’est à un chemin creux. La galerie était chauffée par des poêles à bois, alimentée en électricité et raccordée au téléphone.

L’historique régimentaire du Reserve Infanterie Regiment 94 publié quelques années après la guerre et les Journaux de Marche et d’Opération de l’Armée Française nous renseignent sur les évènements du 18 mars 1918 : l'artillerie allemande pilonne le matin les lignes françaises à l’aide d’obus à gaz, puis l’après-midi, l’artillerie française concentre ses tirs sur l’Ouvrage Bulgare où se situait le Kilianstollen. La plus grande partie de la 6e Compagnie du 94e Régiment d'Infanterie de Réserve trouve alors refuge dans la galerie considérée comme sûre. Vers 13h30, après avoir essuyé trois tirs successifs, une partie sud de la galerie s'effondre. Trente-quatre soldats sont tués ou ensevelis et dix sont blessés suite à l’éboulement. Entre 20h30 et 21h30, un groupe du 22e Régiment d’Infanterie français tente une approche puis retourne dans ses positions. Dès la tombée de la nuit, les soldats allemands tentent une opération de sauvetage afin de libérer les hommes bloqués dans la galerie. Seuls deux survivants sont secourus mais décèdent peu de temps après. Les recherches furent interrompues à cause des contraintes techniques.

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Légendes des photos :

Photo 1 : Vue aérienne générale de la galerie en cours de fouille (Photo P. Dufour). - Photo 2 : Vue aérienne générale de la galerie après le décapage (Photo J. Ehret). - Photo 3 : Vue générale d’un tronçon de galerie (Photo M. Landolt, PAIR). - Photo 4 : Vestiges de l’opération de sauvetage (étaiement en bois) avec une partie de la galerie effondrée à l’arrière plan (Photo M. Landolt, PAIR).

Les fouilles archéologiques ont révélé les vestiges de la galerie effondrée au niveau de deux escaliers d’accès et de l’opération de secours. Certains tronçons ont en effet fait l’objet d’un étaiement permettant la consolidation de la galerie pendant cette opération. Les vingt-et-un individus ensevelis ont pu être retrouvés. Parallèlement aux équipements militaires réglementaires, de nombreux objets ont été retrouvés sur ou à proximité des corps. Ils se rapportent principalement à la toilette, l’hygiène, la religion, le jeu, le tabac, l’argent, la couture, l’alimentation et l’écriture. On notera la très bonne conservation des matériaux organiques notamment le bois et le cuir. Les tissus et les papiers sont également partiellement conservés.

Afin de rendre hommage aux vingt-et-un soldats piégés dans la galerie, trois monuments successifs ont été érigés. Le premier en bois, construit dès mars 1918 à proximité d’une des entrées de la galerie, n’est connu que par deux représentations. Puis, afin de remplacer ce monument provisoire, un second en pierre a été mis en place. Ce dernier, dont l’existence avait été oubliée, a été redécouvert lors des fouilles. Enfin, le troisième monument, également en pierre, inauguré en 1962, se trouve aujourd’hui dans le cimetière militaire allemand d’Illfurth.

Après avoir fait l’objet d’études anthropologiques, les corps des vingt-et-un individus seront remis au service des sépultures militaires françaises qui les restituera à son homologue allemand (Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge) qui se chargera de les inhumer dans le cimetière militaire d’Illfurth.

Face au caractère exceptionnel de ces vestiges et à leur très bon état de conservation, le PAIR travaille en collaboration avec le Conseil Général du Haut-Rhin à la conception d'actions et de supports destinés à restituer les résultats de la fouille au plus grand nombre (reportage vidéo, démontage d’un tronçon de la galerie, conférences, publications, expositions...). On notera également la très grande médiatisation de cette découverte dans la presse internationale. Grâce à une démarche exemplaire, cette fouille deviendra sans aucun doute un référentiel important pour l’archéologie des conflits contemporains.

Nous tenons à remercier la municipalité et les services techniques de Carspach ainsi que les Carspachois pour leur soutien et l’intérêt qu’ils ont montré pour cette découverte. Que toute l’équipe de fouille ainsi que Serge RENGER et Jürgen EHRET, passionnés de la Première Guerre Mondiale dans le Sundgau, soient particulièrement remerciés pour leur implication.

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Légendes des photos de la page :

Photo 1 : Escalier d’accès à la galerie effondré le 18 mars 1918 (Photo A. Bolly, PAIR). - Photo 2 : Escalier d’accès à la galerie (Photo M. Landolt, PAIR). - Photo 3: Paire de jumelles (Photo M. Higelin, PAIR). - Photo 4 : Arrache botte en bois et cartouchière en cuir (Photo A. Bolly, PAIR). - Photo 5 : Dés et fragment de textile (Photo M. Landolt, PAIR).

Date de publication: 01/05/2012 18:30
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